Justice pénale : une réforme adoptée dans l'indifférence, aux conséquences pourtant considérables
Publié par GLE Avocats le .
Le Parlement vient d’adopter définitivement le projet de loi « Justice criminelle et respect des victimes », porté par le garde des Sceaux.
Vendue comme une réponse technique à l'engorgement des juridictions pénales, cette réforme emporte en réalité des reculs significatifs pour les droits de la défense et les libertés individuelles.
Certes, le très contesté « plaider-coupable » en matière criminelle a été abandonné, sous la pression des avocats et d'une partie des parlementaires. Mais le texte finalement adopté n'en demeure pas moins problématique à plusieurs égards.
Le point le plus inquiétant : une exception est créée à l'obligation de remise en liberté lorsque le juge n'a pas examiné une demande de mise en liberté dans les délais légaux. Autrement dit, le non-respect d'un délai (censé garantir les droits de la personne détenue) ne débouchera plus systématiquement sur sa libération. Difficile de ne pas y voir un renversement de logique préoccupant dans un État de droit.
Autre disposition marquante : la détention provisoire des mineurs de plus de 16 ans poursuivis pour des crimes pourra désormais être maintenue dans des conditions spécifiques. Une évolution qui interroge sur la place réservée à la justice des mineurs, pourtant censée obéir à des principes protecteurs renforcés.
À cela s'ajoute l'extension des compétences des cours criminelles départementales (crimes de quinze à vingt ans de réclusion en récidive) : une évolution qui, prise isolément, semble technique, mais qui participe d'un même mouvement d'affaiblissement des garanties procédurales.
Enfin, le texte réforme le régime des nullités.
Le Conseil Constitutionnel sera prochainement saisi. Il devra se prononcer sur des dispositions qui, sous couvert de simplification, redessinent en profondeur l'équilibre entre efficacité répressive et protection des libertés individuelles.
⚖️ Projet de loi n° 329 sur la justice criminelle et le respect des victimes